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Notre avis d'expert

Avis d’experts – Un virus intestinal pourrait-il jouer un rôle dans l’apparition de la maladie cœliaque ?


Une infection par un réovirus pourrait fragiliser la flore intestinale et favoriser l’apparition de la maladie coeliaque. Cependant, la relation de cause à effet doit être établie et le rôle exact de ce virus dans l’apparition de la maladie reste à éclaircir.

Nadine Cerf-Bensussan

Retrouvez ci-après le point de vue détaillé de Nadine Cerf Bensussan, Directrice du Laboratoire d’Immunité Intestinale (Institut Imagine – Université Paris Descartes) à la publication d’une étude scientifique sur le lien entre maladie coeliaque et virus (Bouziat et al. 2017)

« Cette hypothèse ancienne a été explorée par de nombreux travaux depuis une trentaine d’années, sans avoir pu être confirmée de façon définitive. L’étude publiée dans le journal Science au début du mois apporte de nouveaux éléments de réponse.

Les auteurs de l’étude ont pu démontrer que, chez la souris, une infection de l’intestin par un virus pouvait interférer avec un mécanisme biologique normal et indispensable : la mise en place de la tolérance du système immunitaire aux protéines présentes dans les aliments. Ce mécanisme évite de considérer les protéines alimentaires comme des substances étrangères qu’il faudrait combattre comme les microbes. Il permet ainsi d’éviter des réactions allergiques ou inflammatoires d’origine alimentaire.

Les auteurs ont utilisé un virus de la famille des réovirus qui infecte de façon transitoire l’intestin de la souris sans provoquer de pathologie. Ce réovirus suscite une réaction immunitaire nécessaire pour éliminer le virus. Ce type de réaction est néanmoins connu aujourd’hui pour favoriser des maladies inflammatoires et auto-immunes. Pour autant, chez les souris étudiées, l’infection ne provoque pas les lésions intestinales typiques de la maladie cœliaque : le virus ne pourrait donc pas à lui seul déclencher la maladie, mais plutôt créer les conditions qui favorisent son apparition.

Les auteurs ont alors constaté que le sang des patients atteints de maladie cœliaque présentait des taux d’anticorps contre le réovirus plus importants que ceux des personnes indemnes de cette pathologie. Si cette observation suggère que les premiers ont été davantage en contact avec le réovirus que les seconds, cela ne démontre pas que le virus a causé la maladie. Néanmoins, elle encourage les chercheurs à approfondir leurs recherches sur le rôle éventuel de ce réovirus dans la maladie cœliaque. Pour cela, il serait intéressant d’étudier des larges groupes d’enfants, génétiquement prédisposés à la maladie, et suivis depuis leur naissance, afin de voir si la maladie cœliaque apparaît en même temps qu’une infection à réovirus.

Les auteurs estiment logiquement que, si leur hypothèse se vérifie, la mise au point d’un vaccin contre ce réovirus pourrait être utile pour prévenir la maladie. Cependant les pistes suivies par le passé sur d’autres virus ont été soit abandonnées, soit non pas été encore confirmées. La piste d’un autre réovirus, le rotavirus, responsable de gastro-entérites qui peuvent être sévères et pour lequel il existe un vaccin efficace, avait notamment été explorée. Enfin, comme l’article le mentionne, il est aussi tout à fait possible que plusieurs virus différents soient capables d’altérer les mécanismes de tolérance aux protéines alimentaires.

En conclusion, avant de généraliser les résultats de cette étude et d’envisager un vaccin contre le reovirus incriminé dans ce travail, la prudence s’impose.

Source : Bouziat, Romain, Reinhard Hinterleitner, Judy J. Brown, Jennifer E. Stencel-Baerenwald, Mine Ikizler, Toufic Mayassi, Marlies Meisel, et al. 2017. « Reovirus Infection Triggers Inflammatory Responses to Dietary Antigens and Development of Celiac Disease ». Science (New York, N.Y.) 356 (6333): 44‑50. doi:10.1126/science.aah5298.