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Notre point de vue

Diagnostic de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque : des avancées à petits pas

Aujourd’hui, les mécanismes biologiques impliqués dans l’hypersensibilité au gluten non cœliaque (HSGNC) restent encore mal compris des scientifiques. Un diagnostic formel demeure toujours impossible car aucun prélèvement sanguin, ou au niveau du tube digestif par exemple, ne permet de mettre en évidence cette hypersensibilité. Une définition de l’HSGNC ainsi qu’une première démarche diagnostique clinique de ce syndrome ont cependant été proposées en 2015, en attendant la découverte d’un marqueur biologique spécifique.

Une première définition scientifique consensuelle

L’hypersensibilité au gluten non cœliaque est aujourd’hui considérée par la communauté scientifique comme une « entité clinique au cours de laquelle l’ingestion de gluten entraîne des symptômes digestifs et/ou extra-digestifs et qui régressent sous régime sans gluten, après élimination d’une allergie au blé et d’une maladie cœliaque »[1].

En d’autres termes, une hyperswensibilité au gluten peut être envisagée lorsque deux éléments coexistent :

  • des tests sanguins réalisés sur le patient qui montrent que celui-ci ne souffre ni d’intolérance (maladie cœliaque), ni d’allergie au gluten ;
  • le patient rapporte une amélioration de son état de santé lorsqu’il exclut le gluten de son alimentation.

Cependant, en dépit de ces grandes lignes qui permettent de délimiter les contours de ce syndrome, l’existence-même de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque demeure aujourd’hui discutée au sein de la communauté scientifique et médicale. En effet, bien que l’HSGNC ait trouvé une première définition consensuelle, elle ne peut être formellement diagnostiquée puisqu’aucun test spécifique n’est aujourd’hui disponible pour la mettre en évidence.

Une méthode de diagnostic “par défaut”

En 2014, des scientifiques ont proposé une première démarche diagnostique en 3 étapes de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque, posant ainsi les bases pour l’ensemble des travaux qui allaient être menés sur le sujet par la suite[2] :

Étape 1 – Tout d’abord, la maladie cœliaque et l’allergie au blé doivent être écartées par une réponse négative aux tests immunologiques courants pour ces deux pathologies.

Étape 2 – Le patient est alors soumis à un régime sans gluten strict, encadré médicalement, durant 6 semaines. Sont évalués chaque semaine, ses symptômes digestifs et non digestifs grâce à une échelle spécifique d’évaluation[3]. Si aucune différence dans ces symptômes (présence ou intensité) n’est constatée suite à ce régime sans gluten, l’HSGNC est alors écartée.

Étape 3 – Si, à l’aide de l’échelle d’évaluation, le corps médical constate chez le patient :

  • une diminution de plus de 30% d’au moins 1 des 3 principaux symptômes
  • durant plus de 3 semaines,

… un nouveau test d’épreuve est pratiqué. Ce second test permettra de comparer les symptômes du patient suivant un régime avec et sans gluten, selon une méthodologie rigoureusement calibrée et en double aveugle (ni le patient, ni le praticien ne savent si la nourriture testée contient du gluten).

Si le résultat de ce second test montre une variation similaire des symptômes, l’hypersensibilité au gluten non cœliaque peut alors être confirmée.

De nouvelles pistes pour le diagnostic de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque

De récentes recherches scientifiques auraient montré chez des individus présentant un syndrome typique d’HSGNC une production significative de protéines spécifiques : les chimiokines CXCL10, impliquées dans les mécanismes de réponse inflammatoire. Si ces protéines peuvent servir de marqueur spécifique de l’HSGNC, un test détectant leur présence chez un patient permettrait ainsi de la diagnostiquer formellement[4].

Aujourd’hui, aucun autre marqueur de l’HSGNC n’a été officiellement validé, qu’il s’agisse de la présence d’anticorps ou de protéines particulières dans le sang ou encore de modifications microscopiques au niveau des tissus de l’intestin, par exemple[5]. Pour autant, la plupart des chercheurs ayant publié sur le sujet considèrent que l’HSGNC pourrait dériver d’une réponse immunitaire spécifique au niveau de l’intestin grêle, et différente de celle qui est observée dans la maladie cœliaque[6]. Les travaux de recherche doivent donc se poursuivre…


[1] Sapone et al. 2012 ; Catassi et al. 2013 ; Ludvigsson et al. 2013 ; Catassi et al. 2015.

[2] Catassi C, Elli L, Bonaz B, et al. Diagnosis of Non-Celiac Gluten Sensitivity (NCGS): The Salerno Experts’ Criteria. Nutrients. 2015;7(6):4966–4977.

[3] Gastrointestinal Symptom Rating Scale (GSRS), validée en 1998 par Svedlund et al.

[4] Valerii MC, Ricci C, Spisni E, Di Silvestro R, De Fazio L, Cavazza E, Lanzini A, Campieri M, Dalpiaz A, Pavan B, Volta U, Dinelli G. Responses of peripheral blood mononucleated cells from non-celiac gluten sensitive patients to various cereal sources. Food Chem. 2015 Jun 1;176:167-74.

[5] Catassi et al., 2013 ; Sapone et al., 2012

[6] Junker et al., 2012 ; Sapone et al., 2010, 2011