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Notre point de vue

Les FODMAPs, une piste plus crédible que le gluten dans l’hypersensibilité au gluten non cœliaque ?

L’hypersensibilité au gluten non coeliaque (HSGNC) est un syndrome dont les limites demeurent floues, et dont chercheurs et professionnels de santé ont encore bien du mal à comprendre l’apparition des symptômes. La responsabilité du gluten n’a, à ce jour, pas été démontrée et d’autres facteurs pourraient jouer un rôle dans cette pathologie. Depuis quelques années, la piste des FODMAPs est sérieusement investiguée : ces petits sucres fermentescibles peuvent induire ou aggraver certains troubles gastro-intestinaux relativement similaires à ceux décrits par les personnes se disant (hyper)sensibles au gluten. Mais que sait-on véritablement sur ces FODMAPs ? Quelles sont leurs propriétés et pourquoi sont-ils associés à l’HSGNC ? 

Les FODMAPs, c’est quoi ? 

Les FODMAPs, c’est un acronyme anglais un peu barbare pour parler des “FermentableOligo-, Di-, and Mono-saccharides And Polyols”.

Ils constituent une famille de sucres plus ou moins complexes (c’est-à-dire formés d’une plus ou moins grande chaîne de molécules de sucres) ayant la particularité d’être fermentés par les bactéries présentes dans notre intestin. On distingue les Oligo- (= plusieurs), les Di- (= deux), les Mono (= un) – saccharides (= sucres) et les Polyols (sucres dérivés d’une transformation chimique ou enzymatique). 

Les FODMAPs sont naturellement présents dans un très grand nombre d’aliments comme les fruits (fructose), les légumes et les légumineuses (galactanes), les céréales (fructanes) ou encore les produits laitiers (lactose) (cf. Figure suivante). 


Ils sont également utilisés par l’industrie alimentaire en tant qu’ingrédient pour leurs différentes propriétés physico-chimiques : 

  • Les oligosaccharides procurent une sensation de moelleux et ont un goût sucré. Ils absorbent également l’humidité et sont par exemple utilisés pour contrôler l’apparition de moisissures alimentaires.
  • Les polyols ont quant à eux un fort pouvoir sucrant et peuvent aider à préserver les aliments face aux dégradations microbiennes en agissant sur l’activité de l’eau.

L’implication des FODMAPs dans le syndrome de l’intestin irritable (SII) et la confusion possible avec le gluten

Lors du processus de digestion, les FODMAPs peuvent être mal absorbés au niveau de l’intestin grêle. Ils ont la double particularité d’attirer l’eau, ce qui augmente le volume du bol alimentaire, et d’être fermentés par la flore intestinale, ce qui induit la production de gaz. Ces deux facteurs combinés provoquent une dilatation de l’intestin et une perturbation du transitChez les personnes souffrant du syndrome de l’intestin irritable (SII), tous ces phénomènes entraînent d’importants troubles gastro-intestinaux.

Comme évoqué un peu plus haut, on retrouve des FODMAPs dans de nombreux aliments, principalement d’origine végétale. Dans les poires, les pommes ou bien encore les mangues, on observe du fructose en importantes quantités. D’autres fruits, comme les nectarines, les myrtilles ou encore les pastèques, contiennent principalement des polyols. Du côté des légumes, le brocoli et les champignons renferment respectivement du sorbitol et du mannitol. Mais la plupart des variétés contiennent essentiellement des galactanes et des fructanes. C’est le cas des oignons, de l’ail, ou encore des artichauts par exemple. Si la cuisson n’a pas d’effet sur la teneur en sucre de ces aliments, leur degré de maturation en revanche est susceptible de la faire varier.

Dans le cas des céréales, le blé, le seigle et leurs dérivés présentent bien souvent des teneurs importantes en FODMAPs, notamment en FOS (fructane) et GOS. A l’inverse, les céréales ne contenant pas de protéines constitutives du gluten (riz, quinoa, avoine et maïs notamment) sont celles qui contiennent le moins de FODMAPs. Cela peut poser un problème pour les patients atteints du SII, car la mise en place d’un régime sans gluten peut entraîner une amélioration des symptômes, perçue à tort comme résultant d’une réduction de la consommation de gluten, alors que les FODMAPS pourraient être impliqués[1],[2].

L’implication des FODMAPs dans l’hypersensibilité au gluten non cœliaque (HSGNC)

Une récente étude a mis en avant qu’un régime à faible teneur en FODMAPs (substitution des produits contenant du gluten dans le régime alimentaire par du jus d’amande ou de riz, ou des aliments à base d’avoine ou bien encore de quinoa par exemple) permettait d’améliorer les symptômes gastro-intestinaux chez des personnes se déclarant hypersensibles au gluten[3].

D’autres résultats de recherche viennent renforcer cette conclusion[4] et tendent à montrer que chez des patients souffrants de maux intestinaux récurrents, les symptômes ne sont pas améliorés par l’arrêt de la consommation de gluten (prise d’un placebo) et que, la consommation de fructane en particulier entraînerait significativement plus de symptômes que la consommation de gluten seul.

Pour aller plus loin

  • Les protéines constitutives du gluten et les FODMAPs sont deux facteurs dont l’influence et les mécanismes mis en jeu dans les pathologies digestives, notamment l’HSGNC, restent à approfondir ;
  • Les FODMAPs regroupent des sucres de nature différente dont les effets sur l’organisme sont par conséquent variables. Il semble donc important de considérer cette diversité dans la prise en charge des pathologies digestives. Lors de la mise en place d’un régime d’exclusion, les approches ciblées présentent un avantage certain pour prévenir de possibles carences nutritionnelles (ex : régime sans fructanes) ;
  • Si les FODMAPS peuvent induire certains symptômes gastro-intestinaux, certains scientifiques tendent à mettre en évidence un rôle d’inhibition de l’inflammation intestinale et leurs effets bénéfiques sur la flore intestinale[5],[6].

[1]Biesiekierski, Jessica R., Evan D. Newnham, Peter M. Irving, Jacqueline S. Barrett, Melissa Haines, James D. Doecke, Susan J. Shepherd, Jane G. Muir, et Peter R. Gibson. 2011. « Gluten Causes Gastrointestinal Symptoms in Subjects without Celiac Disease: A Double-Blind Randomized Placebo-Controlled Trial ». The American Journal of Gastroenterology 106 (3): 508‑514; quiz 515. doi:10.1038/ajg.2010.487.

[2]Gibson, Peter R., et Susan J. Shepherd. 2012. « Food Choice as a Key Management Strategy for Functional Gastrointestinal Symptoms ». The American Journal of Gastroenterology 107 (5): 657‑66; quiz 667. https://doi.org/10.1038/ajg.2012.49. 

[3]Halmos, Emma P., Victoria A. Power, Susan J. Shepherd, Peter R. Gibson, et Jane G. Muir. 2014. « A Diet Low in FODMAPs Reduces Symptoms of Irritable Bowel Syndrome ». Gastroenterology 146 (1) : 67-75.e5. https://doi.org/10.1053/j.gastro.2013.09.046.

[4]Skodje, G. I., Sarna, V. K., Minelle, I. H., Rolfsen, K. L., Muir, J. G., Gibson, P. R., … Lundin, K. E. A. (2017). Fructan, Rather Than Gluten, Induces Symptoms in Patients With Self-reported Non-celiac Gluten Sensitivity. Gastroenterology. https://doi.org/10.1053/j.gastro.2017.10.040

[5]Gibson, Peter R., Jane Varney, Sreepurna Malakar, et Jane G. Muir. 2015. «Food Components and Irritable Bowel Syndrome ». Gastroenterology 148 (6): 1158-1174.e4. https://doi.org/10.1053/j.gastro.2015.02.005.

[6]Makharia, Archita, Carlo Catassi, et Govind K. Makharia. 2015. « The Overlap between Irritable Bowel Syndrome and Non-Celiac Gluten Sensitivity: A Clinical Dilemma ». Nutrients 7 (12): 10417-26. doi:10.3390/nu7125541.

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