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Notre point de vue

Sport et sans gluten : Yohan Wittrant (INRA) fait le point sur l’avancement du projet GlutHealth

Rappelez-vous, début 2018, nous avions interviewé le Dr. Yohan Wittrant, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) dans le cadre de la mise en place du projet GlutHealth, qui vise à préciser les liens entre alimentation avec/sans gluten et performance chez les sportif-ve-s de haut niveau. Un an après, nous revenons avec lui sur l’avancée de ce projet de recherche.

1-/ Au cours de l’année écoulée, le sujet du gluten a-t-il évolué au sein de la communauté sportive ?

Ce qui est certain, c’est que l’intérêt pour les régimes pauvres en, ou sans gluten, n’a pas perdu en intensité parmi les sportifs de haut niveau ces derniers mois et leur adoption s’est aussi largement démocratisée. Les demandes d’information sur les résultats de notre étude, et plus largement sur les potentiels effets bénéfiques des régimes d’exclusion (ex : sans lactose, sans sucres ajoutés, sans protéines d’origine animale) ont affluées. Pour nous qui souhaitions recruter pour cette étude des sportifs de haut niveau suivant un régime “ordinaire” (sans exclusion particulière, qui auraient pu être source de confusion dans l’interprétation de nos résultats), il nous a au final été assez difficile de trouver des candidats.

2-/ Pouvez-vous nous dire où en est le projet à l’heure actuelle ?

Nous avons terminé les deux volets de l’étude clinique : sur les 55 athlètes initialement inclus-es (principalement des traileur-se-s et ultra-traileur-se-s), nous avons finalement pu suivre et récupérer des jeux de données quasi-complets pour 41 d’entre eux-elles[i]. La moyenne d’âge des participants est de 35 ans et nous sommes aussi très satisfaits qu’un tiers des candidats impliqués dans l’étude soient des femmes.

A l’heure actuelle, nous disposons pour chaque individu de données anthropométriques, physiologiques, des résultats de leurs tests de performance, ainsi que de plusieurs prélèvements biologiques (notamment selles et sang). Un premier traitement statistique a d’ores et déjà été appliqué sur ces jeux de données ; nous disposons donc de premières observations de l’évolution de l’ensemble de ces paramètres.

3-/ Avez-vous dû apporter des ajustements au protocole initial ?

Aucun, mis à part le lancement d’une 2ème vague de tests et d’analyses sur un pool supplémentaire d’athlètes, afin de récupérer suffisamment de données pour avoir une puissance statistique satisfaisante.

4-/ Quels sont les principaux résultats de votre étude ?

Ce que nous pouvons dire à cette date, c’est que nous observons effectivement des différences sur les plans clinique  et biologique entre les individus soumis à un régime classique vs ceux soumis à un régime appauvri en gluten. Toutefois ces modifications requièrent des analyses complémentaires et pourraient dépendre de variables telles que l’age ou le sexe.

En l’état, il demeure donc assez difficile de délivrer un message simple et univoque. Dans un premier temps, nous allons donc compléter les données de notre étude avec des analyses sur le métabolisme et le microbiote intestinal. Nous espérons que les résultats ainsi obtenus nous aideront à affiner notre analyse et à expliquer de la manière la plus juste et objective possible les mécanismes biologiques mis en jeu.

5-/ Que comptez-vous faire de ces résultats une fois consolidés ?

Si tout se passe bien, nous aimerions les diffuser en fin d’année :

  • Dans un premier temps, à l’ensemble des partenaires académiques, associatifs et privés du projet, ainsi qu’aux différentes structures et associations qui ont labélisé ou manifesté de l’intérêt pour cette étude, comme par exemple l’AFDIAG ou certaines associations/fédérations sportives.
  • Nous partagerons ensuite nos résultats avec la communauté scientifique par des voies relativement traditionnelles, notamment à l’occasion de colloques ou encore de congrès.
  • Enfin, nous partagerons plus largement les principaux résultats de l’étude par voie de presse (journaux locaux et presse spécialisée médicale et sportive).

Également, nous pouvons imaginer des applications plus concrètes de ces résultats ; certaines fédérations sportives et partenaires privés se sont montrées très intéressés depuis le début du projet. Des partenariats pourraient éventuellement voir le jour, bien que tout reste à construire.

6-/ Les différentes parties prenantes rencontrées dans le cadre de cette étude ont-elles porté un regard toujours bienveillant sur vos travaux ?

Afin d’embarquer les partenaires privés dans cette étude, il a fallu , les assurer de notre volonté de ne prendre aucun parti, et pour cela rappeler régulièrement que les objectifs de cette étude ne sont pas de montrer que le gluten est « bon » ou « mauvais », mais bien d’identifier une éventuelle influence biologique des produits contenant ou non du gluten chez les sportifs (et, de manière plus large, sur la santé), afin notamment à terme de pouvoir envisager des optimisations de l’offre alimentaire qui leur est spécifiquement dédiée. C’est véritablement cette démarche de progrès qui nous a permis de fédérer ces acteurs à nos côtés.

Etonnamment, ça n’a pas été facile de convaincre certaines fédérations sportives qui ont émis de sérieux doutes sur l’intérêt de nos investigations, et opposé quelques réticences à s’impliquer dans une telle étude en s’accrochant à leurs convictions (dans un sens ou dans l’autre) malgré le manque de d’évidence scientifique sur le sujet. Néanmoins, heureusement nous avons pu compter sur les (ultra) traileuses et trailers de l’Auvergne pour faire « un bout de chemin » avec nous.

7-/ Quelle suite sera donnée à ces travaux ?

Nos différents résultats nous laissent entrevoir la complexité biologique des mécanismes sous-jacents. Les liens entre gluten et performances sportives pourraient être précisés par la mise en place d’un modèle expérimental qui serait sensible à l’alimentation par exemple. Par ailleurs, le dispositif de GlutHealth pourrait être reconduit dans l’optique de creuser d’autres aspects de l’alimentation du sportif, notamment pour mettre en évidence le bénéfice santé de certains produits innovants qui leur sont dédiés.

J’en profite pour remercier l’ensemble des 6 équipes académiques ainsi que les partenaires du projet Gluthealth


[i] Nous regrettons bien évidemment que 14 des athlètes recrutés n’aient pas pu suivre le protocole jusqu‘au bout ; pour autant, les raisons de ces défections ne sont pas liées à de quelconques effets indésirables de l’étude, et ont le plus souvent été motivées par des incompatibilités avec les calendriers sportifs des athlètes.