youtube

Notre point de vue

Point sur l’évolution des prévalences de la maladie cœliaque et de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque

En France, les chiffres régulièrement mis en avant pour la prévalence des maladies liées au gluten sont de 0,1% pour l’allergie au gluten de blé, de 1% pour la maladie cœliaque (MC) et de 5% de la population concernée par l’hypersensibilité au gluten non cœliaque (HSGNC). Si on s’intéresse plus particulièrement aux deux dernières pathologies, leur prévalence a-t-elle évoluée dans le temps ? Existe-t-il des disparités selon l’âge, le sexe ou la région où l’on vit ? Faisons le point sur les dernières données scientifiques disponibles.

Prévalence de la maladie cœliaque

Aujourd’hui, la prévalence de la maladie cœliaque varie de 0,1 à 5,6% selon les études et le pays concerné[1]. Jusqu’à 40% de la population mondiale serait prédisposée génétiquement (un lien familial avec une personne cœliaque augmente de 15 à 25 fois la probabilité de développer la maladie), mais seulement 2 à 3% de la population prédisposée développe effectivement la maladie[2], et ce notamment en raison de facteurs environnementaux.

La partie visible de l’iceberg :

La maladie cœliaque (intolérance au gluten) est une affection encore sous-diagnostiquée, avec des formes silencieuses ou peu symptomatiques difficiles à identifier.[3]Selon les sources, on estime que pour 1 personne souffrant de la MC, 3 à 5 personnes souffrant de cette pathologie s’ignorent

A ce jour, les données disponibles montrent que [2] :

  • C’est une pathologie qui atteint toutes les tranches d’âge. Elle est toutefois diagnostiquée après 60 ans dans 20% des cas (un diagnostic tardif par rapport à l’apparition de la maladie).
  • La MC toucherait d’avantage les femmes que les hommes, avec 2 à 3 fois plus de femmes diagnostiquées.
  • Si cette intolérance est présente dans toutes les régions du globe, les populations caucasiennes semblent être touchées de manière plus significative[4]. Elle se manifeste de manière exceptionnelle en Afrique et dans l’Est de l’Asie (Chine, Japon)[5].  Cette disparité peut s’expliquer par la variabilité génétique des populations, par une inégalité dans la performance des diagnostics ou bien encore par les différents environnements alimentaires.

Les données disponibles sur la répartition mondiale en quartiles de la prévalence de la MC sont présentées sur la carte ci-dessous.[6]

Figure 1 : Représentation cartographique mondiale des quartiles de prévalence de la MC[6]. Le premier et dernier quartile comprennent les pays avec une prévalence respectivement de 0,2 à 0,4% et de 0,9 à 2,4%.
Limite : Les données sont manquantes pour de nombreux pays, et ce notamment à cause du manque de recherche sur le sujet.

Évolution du nombre de malades cœliaques

Les résultats sont assez hétérogènes mais de récentes études conduites sur des cohortes américaines, finlandaises et suédoises, montrent une augmentation de la prévalence de la MC.[1] Aux États-Unis, la prévalence aurait ainsi été multipliée par 5 en 50 ans (passant de 0,2% dans les années 1950 à 1% en 2009).[7] Une progression qui devrait se poursuivre surtout dans les pays où la transition alimentaire est en cours ou à venir.

Les chercheurs s’accordent globalement sur l’augmentation de la prévalence de la MC mais les raisons expliquant cette augmentation n’ont pas encore été précisément déterminées et elles pourraient être multifactorielles.

L’amélioration des méthodes de diagnostic au fil du temps a bien évidemment contribué à l’augmentation des prévalences mesurées et il est bon de savoir que la proportion de patients non diagnostiqués recule !

Indépendamment de ces progrès techniques, d’autres facteurs environnementaux pourraient également être en jeu dans la progression du nombre de malades : 

  • Le taux de composés immunogènes contenus dans les grains de blé.[8]
  • La consommation de gluten durant l’enfance pour les personnes prédisposées.[9]
  • L’exposition à certaines bactéries qui provoquerait des réactions immunitaires similaires à celles pouvant être induites par le gluten.[10]

Qu’en est-il de l’HSGNC ?

Quelques études ont étudié la prévalence de cette pathologie dans le monde, toutefois, sans un outil de dépistage tangible et généralisé, les prévalences annoncées restent pour le moment difficilement interprétables. 

2 à 3% des Français seraient affectés par ce syndrome[11]. Au niveau international, on relève également des prévalences pouvant aller de 0,5 à 6% aux États-Unis[12],[13], jusqu’à 13% au Royaume-Uni.[14]

Cette importante variabilité s’explique par plusieurs raisons, notamment par une différence dans la méthodologie des études mais également par le fait que ces données sont obtenues sur la base des déclarations des patients (autodiagnostic).

Le diagnostic de l’HSGNC étant encore imprécis, les données de prévalence actuelles le sont également en conséquence. Il est donc encore trop tôt pour pouvoir comparer les données dans le temps et dégager des évolutions tangibles vs des tendances. 

On fait le point

On observe des prévalences contrastées entre les différentes pathologies liées au gluten, et également pour une même pathologie : les chiffres relevés peuvent varier en fonction du sexe ou de l’âge des individus suivis, ou encore de la région du monde considérée.

Du côté de la maladie cœliaque, les chercheurs ont relevé une augmentation du nombre de personnes cœliaques au cours du siècle dernier. Une évolution qui s’explique notamment grâce à une amélioration des outils diagnostic qui permettent une meilleure appréhension du sujet ; l’influence de plusieurs facteurs environnementaux est également à l’étude.

Du côté de l’hypersensibilité au gluten non cœliaque, il est encore difficile d’appréhender les résultats de prévalence et il faudra encore attendre quelques années et les résultats des travaux de recherche en cours pour pouvoir tirer de réelles conclusions, et la mise en place d’un diagnostic fiable et consensuel de ce syndrome.


[1]Bibliographie conduite par Initiative Gluten. 

[2]Leonard, Maureen M., Anna Sapone, Carlo Catassi, et Alessio Fasano. 2017. «Celiac Disease and Nonceliac Gluten Sensitivity: A Review». JAMA 318 (7): 647-56. doi:10.1001/jama.2017.9730.

[3]FFAS, Le Gluten – État des lieux du Fonds français pour l’alimentation et la santé, Novembre 2016

[4]G.Malamut et C.Cellier, “maladie cœliaque ”, La revue du Praticien, vol 65, décembre 2015.

[5]C.Cellier, “maladie cœliaque  de l’adulte”, La revue du Praticien, vol 51, mai 2001.

[6]Prashant Singh, Ananya Arora, Tor A. Strand, Daniel A. Leffler, Carlo Catassi, Peter H. Green, Ciaran P. Kelly, Vineet Ahuja, Govind K. Makharia. “Global Prevalence of Celiac Disease: Systematic Review and Meta-analysis”Clinical Gastroenterology and Hepatology. Volume 16, Issue 6, Pages 823-836.e2 (June 2018) DOI: 10.1016/j.cgh.2017.06.037

[7]Rubio-Tapia, Alberto, Jonas F. Ludvigsson, Tricia L. Brantner, Joseph A. Murray, et James E. Everhart. 2012. «The Prevalence of Celiac Disease in the United States». The American Journal of Gastroenterology 107 (10): 1538-1544; quiz 1537, 1545. doi:10.1038/ajg.2012.219.

[8]Broeck, Hetty C. van den, Hein C. de Jong, Elma M. J. Salentijn, Liesbeth Dekking, Dirk Bosch, Rob J. Hamer, Ludovicus J. W. J. Gilissen, Ingrid M. van der Meer, et Marinus J. M. Smulders. 2010.«Presence of Celiac Disease Epitopes in Modern and Old Hexaploid Wheat Varieties: Wheat Breeding May Have Contributed to Increased Prevalence of Celiac Disease». TAG. Theoretical and Applied Genetics. Theoretische Und Angewandte Genetik 121 (8): 1527-39. doi:10.1007/s00122-010-1408-4.

[9]Andrén Aronsson C, Lee HS, Hård Af Segerstad EM, Uusitalo U, Yang J, Koletzko S, Liu E, Kurppa K, Bingley PJ, Toppari J, Ziegler AG, She JX, Hagopian WA, Rewers M, Akolkar B, Krischer JP, Virtanen SM, Norris JM, Agardh D; TEDDY Study Group. Association of Gluten Intake During the First 5 Years of Life With Incidence of Celiac Disease Autoimmunity and Celiac Disease Among Children at Increased Risk.«  JAMA. 2019 Aug 13;322(6):514-523. doi: 10.1001/jama.2019.10329.

[10]Petersen, J., Ciacchi, L., Tran, M.T. et al. T cell receptor cross-reactivity between gliadin and bacterial peptides in celiac disease.Nat Struct Mol Biol 27, 49–61 (2020). https://doi.org/10.1038/s41594-019-03534

[11]AFDIAG, 2015

Sur le même sujet, ces articles pourraient également vous intéresser :