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Notre point de vue

Sport et sans gluten – Interview de Yohan Wittrant coordinateur du projet GlutHealth

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En ce début d’année 2017-2018, nombre d’entre nous reprenons une activité physique. Mais avec ou sans gluten ? C’est la question que va tenter d’élucider l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) dans le cadre du projet GlutHealth. Yohann Wittrant en est le responsable et a accepté de répondre à nos questions :

Qu’est-ce que le projet GlutHealth?

Le projet GlutHealth repose sur une étude clinique ambitieuse ayant pour but de déterminer l’influence d’un régime appauvri en gluten sur les performances de sportifs de haut niveau (plus de 7h d’activité sportive/semaine en moyenne). Dans l’hypothèse où certains liens seraient mis en évidence lors de l’étude, il est également prévu que leurs mécanismes d’action soient investigués.

Une trentaine d’athlètes de haut niveau a ainsi été recrutée pour suivre un protocole d’une durée de 4 mois. La moitié d’entre eux a suivi un régime « classique », l’autre moitié de l’échantillon a reçu un régime appauvri en gluten (éviction partielle et non totale) sans que les sportifs n’aient connaissance du groupe auquel ils appartenaient.

En parallèle à cette action sur leur alimentation, les deux groupes subissent des tests de performance, en conditions normalisées, à 3 temps clés : avant la modification éventuelle de leur régime alimentaire, à mi-parcours (2 mois) et à la fin de l’expérimentation (4 mois). Les performances sont alors analysées et comparées au regard du régime suivi.

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Pouvez-vous nous parler un peu de la genèse du projet ?

Les gens ont quelquefois un comportement complexe et irrationnel vis-à-vis gluten. La problématique du gluten est loin d’être simple et soulève de nombreuses interrogations. Du grain de blé à l’assiette, en passant par les aspects liés à la transformation, les champs d’investigations sont nombreux et chaque maillon comporte son lot de questionnements.

C’est dans ce contexte que l’ Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) a initié il y a 2 ans la mise en place d’une étude clinique sur le gluten de blé, et qui s’intéresse plus particulièrement au lien entre cet élément et les performances sportives.

Cette approche n’est pas due au hasard. A l’époque, les régimes sans gluten adoptés par certains sportifs mondialement connus (tels que Novak Djokovic pour ne citer que lui) faisaient largement parler dans les journaux. Pour autant, les déclarations de ces athlètes et les messages relayés par la presse étaient loin d’être fondés scientifiquement.

L’INRA s’est donc positionné sur ce sujet de « niche » afin d’apporter des preuves objectives et crédibles au débat, qui doivent permettre ainsi de confirmer ou d’infirmer les nombreuses déclarations en la matière.

Et vous, quel est votre rôle au sein de ce projet ? Avez-vous mené cette étude seul ?

J’ai un rôle de coordinateur au sein de cette étude. En d’autres termes, je m’occupe du bon déroulé du projet, du suivi des sportifs, et de la bonne communication entre les différentes parties prenantes. Étant moi même un ancien sportif de haut niveau, ce sujet me tenait particulièrement à cœur.

Nous avons également la chance d’être bien entourés. Nous bénéficions ainsi à la fois des infrastructures et des ressources de lINRA de Clermont-Ferrand (où se déroule l’étude) et de celui de Nantes. À Clermont-Ferrand, nous collaborons avec le Centre de Recherches en Nutrition Humaine d’Auvergne (CRNH) qui assure le suivi clinique et nutritionnel des sportifs tout au long de l’étude, l’unité de recherche de microbiologie MEDIS, ainsi que les unités de rhumatologie, gastro-entérologie, immunologie, hématologie, et de médecine du sport du Centre Hospitalier Universitaire de la ville. Les équipes de Nantes nous accompagnent quant à elles plus particulièrement sur les aspects technologiques et immunologiques du projet.

La communauté Clermont Auvergne Métropole est aussi d’une grande aide, puisque elle nous met à disposition le stadium Jean Pellez, un outil sportif de qualité et en intérieur, nous permettant de normaliser les tests de performance en s’affranchissant des aléas de météo.

Pourquoi avez-vous ciblé les sportifs pratiquant à haut niveau uniquement ?

Premièrement, le « buzz » lié au sans gluten chez les sportifs concernaient les athlètes de très haut niveau. Pour pouvoir se prononcer sur ce qui était affirmé dans les journaux, et ce de manière objective, il fallait donc se mettre dans le même schéma et travailler avec un échantillon de population comparable.

Par ailleurs, les personnes pratiquant une activité sportive intensive présentent un risque accru de chocs anaphylactiques (réaction allergique grave) en raison de leur charge d’entraînement extrêmement élevée, et semblent aussi souffrir davantage de troubles intestinaux récurrents lors de l’effort, notamment les athlètes d’endurance.

Enfin, par essence, les sportifs de haut niveau sont de gros consommateurs de gluten puisque leur régime alimentaire est souvent basé sur les féculents. Les éventuels liens entre le gluten et les performances sportives, ainsi que les mécanismes d’action devraient donc être plus facilement observables chez cette population.

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Au final, combien de sportifs sont impliqués ?

A ce jour, 30 athlètes ont participé au projet. Cette première vague a été conduite entre avril et septembre dernier. Un second volet vient d’être lancé pour un début d’étude courant novembre.

Bien que cet échantillon soit relativement limité, il demeure néanmoins très qualitatif. Nous avons ainsi le plaisir de compter parmi nos « recrues » certains athlètes régulièrement classés dans le top 10 des évènements nationaux. Et l’état d’esprit est excellent entre les participants et les différentes équipes impliquées dans le projet !

Pour ce qui est du recrutement en tant que tel, il a été réalisé principalement grâce au bouche à oreille et aux réseaux sociaux. Nous avons tenté d’approcher certaines fédérations, mais cela ne s’est finalement pas concrétisé notamment en raison de problèmes logistiques.

Quand pensez vous publier les premiers résultats ?

Nous sommes actuellement à mi-parcours de l’étude. Le suivi des sportifs s’achèvera au début de l’année 2018, mais il restera ensuite toute l’analyse statistique des résultats à réaliser. Nous espérons pouvoir partager des premières conclusions au cours du 2nd semestre 2018.

Enfin, plus globalement, diriez-vous que l’on sait déjà quasiment tout sur le gluten ?

Nous sommes loin d’avoir fait le tour du sujet ! Pour preuve, si l’on trouve un peu de tout et surtout des contradictions dans les journaux, c’est que le sujet n’est pas, selon moi, encore mature. Notre mantra est de sortir de la croyance populaire et d’apporter des fondements scientifiques là où l’obscurantisme demeure.

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