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Notre point de vue

Mieux comprendre la sensibilité au gluten non coeliaque : un nouvel enjeu pour les chercheurs

La maladie coeliaque (intolérance au gluten) et l’allergie au gluten sont des pathologies bien identifiées qui concernent environ 1 % de la population. Mais aujourd’hui, hormis les individus intolérants et allergiques, de plus en plus de personnes sont atteintes de problèmes intestinaux et se déclarent « sensibles» au gluten, faisant s’interroger les professionnels de santé sur ce nouveau syndrome.

Le point de vue d’Initiative Gluten : la sensibilité au gluten non coeliaque encore très mal connue. C’est pourquoi des travaux scientifiques sont conduits pour mieux caractériser ce syndrome et proposer des solutions.

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Les premiers cas de sensibilité au gluten non coeliaque auraient été rapportés dans les années 1976 et 1978[1]. Ce syndrome, retombé dans l’oubli jusque dans les années 2000, intéresse de nouveau les chercheurs à partir de 2009[2]. Dès lors, les travaux sur le sujet se multiplient. Entre 2011 et 2014, quatre conférences internationales furent nécessaires pour aboutir à une définition consensuelle[3].

Aujourd’hui, une personne est considérée comme « sensible » au gluten si elle ne souffre ni d’intolérance, ni d’allergie au gluten, mais connaît une amélioration de son état de santé suite à l’éviction de cet élément de son alimentation.

Bien qu’une première définition ait été posée, les causes et l’existence même de ce syndrome demeurent aujourd’hui encore très discutées. Il n’existe en effet aucun test médical qui permette d’établir formellement un diagnostic, et les scientifiques peinent à rassembler des preuves solides de la responsabilité même du gluten. D’autres pistes sont à l’étude, et notamment celle des FODMAPs (Pour en savoir plus : lien vers l’article « Le gluten, un coupable idéal).

C’est pourquoi selon nous, il serait préférable de considérer la sensibilité au gluten non coeliaque plutôt comme :

« Un syndrome dont les symptômes digestifs et/ou non digestifs sont améliorés par un régime sans aliments contenant du gluten chez des sujets non coeliaque et non allergique au blé. Ces symptômes réapparaissant lorsque ces aliments sont réintroduits dans leur alimentation. »

Pour autant, malgré l’absence d’une définition et d’un diagnostic consensuel, on estime que 2 à 3% des Français souffriraient de ce trouble[4]. Dans le Monde, selon les sources, ce chiffre varie de 0,5 à 6%, même si le chiffre de 5% est régulièrement mis en avant[5].

Les premiers travaux sur la sensibilité au gluten non coeliaque ont été publiés dans les années 80. Même si ce sujet est en plein essor, la littérature scientifique demeure relativement limitée sur cette thématique (48 articles scientifiques publiés chaque année en moyenne)[6]. L’Italie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont les 3 pays qui participent le plus activement à ces recherches[7]. Aujourd’hui, de nombreux travaux restent donc à mener pour tenter de mieux comprendre l’origine de ce syndrome, et établir un diagnostic fiable.

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Zoom sur 3 initiatives récentes :

Plusieurs projets de recherche ont été lancés ces dernières années pour répondre aux inquiétudes sociétales grandissantes quant à la consommation de produits contenant du gluten.

  • Gluten : mythe ou réalité ?

Ce projet, porté par l’unité expérimentale « DiaScope » de l’INRA de Montpellier et l’association Biocivam 11, a été initialement conduit pour acquérir des connaissances sur les propriétés de différents produits céréaliers industriels et artisanaux. Ce travail a également pour objectif d’identifier d’éventuels déterminants génétiques, agronomiques, technologiques et sociologiques de cette sensibilité au gluten non coeliaque.

  • GlutNSafe : vers la sélection de variétés de blés au gluten plus digestible

Une des hypothèses avancées pour expliquer la sensibilité au gluten non coeliaque concerne la taille des molécules (polymères) de gluten qui impacterait fortement sa digestibilité. Cette hypothèse est actuellement testée dans le projet GlutNSafe, soutenu pour trois ans par le Fonds de Soutien à l’Obtention Végétale (FSOV).

Ce travail permettra, le cas échéant, d’établir des critères de sélection pour cultiver des variétés de blé plus digestes, et proposer in fine aux consommateurs, non pas des produits sans gluten aux qualités organoleptiques et nutritionnelles parfois discutables, mais des produits élaborés à partir de variétés de blé contenant un gluten plus digeste.

  • GlutN : Blé et pains spécifiques pour résoudre la sensibilité au gluten non coeliaque

L’étude GlutNSafe est complétée par le projet GlutN, un travail soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), lancé fin janvier 2018 pour une durée de 4 ans.

Cette large étude associe amélioration des plantes, santé et nutrition. Les chercheurs impliqués ont notamment pour objectifs d’élucider l’origine et les mécanismes de la sensibilité au gluten non cœliaque et de proposer des produits adaptés aux personnes qui en sont atteintes. Cette étude a la particularité d’aller de la plante aux patients.

[1] Ellis, A., et B. D. Linaker. 1978.

[2] Verdu, Elena F., David Armstrong, et Joseph A. Murray. 2009.

[3] Sapone et al. 2012; Catassi et al. 2013; Ludvigsson et al. 2013b; Catassi et al. 2015

[4] AFDIAG 2015

[5] Revue de littérature de 2012 à 2015 réalisée par Initiative Gluten

[6] Source : Initiative Gluten

[7] Source : Initiative Gluten

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